2 décembre 2016

Le mot du directeur

 
Integrale - Alix Marnat - 0774Trois citations à comparaître…
pour un état d’esprit à partager !
J’emprunte la première citation à Hannah Arendt et vous la destine, chers parents, en guise de promesse que la Maison Intégrale prolongera la maison familiale comme la dépendance au fond de votre jardin prolonge la demeure : « les enfants ont besoin d’un abri sûr pour grandir sans être dérangés ».
La seconde citation inspire notre pédagogie : parce que la vie est dure, et aussi les concours, il ne faut pas trop tôt s’endurcir mais plutôt se fortifier. En matière d’éducation nous préférons au classique dolorisme, cette perversion religieuse, le projet affirmé par Simone Weil : « l’intelligence ne peut être menée que par le désir, pour qu’il y ait désir, il faut qu’il y ait plaisir et joie. La joie d’apprendre est aussi indispensable aux études que la respiration aux coureurs. Là où elle est absente, il n’y a pas d’étudiants, mais de pauvres caricatures d’apprentis qui au bout de leur apprentissage n’auront même pas de métier ».
Mais il ne faut pas entendre comme une mièvrerie ce mot qui est d’une mystique !
La troisième citation énonce alors un paradoxe : c’est bien en raison et non en dépit de la difficulté à venir que le jeune lycéen a intérêt à s’orienter vers une classe préparatoire : l’espoir de pouvoir ignorer cette difficulté, la contourner, ou lui échapper est illusoire.Chaque année, depuis vingt-neuf années, j’encourage nos étudiants à vivre leur prépa en imitant ces jeunes athlètes de 1924 dans « les chariots de feu », rendus inoubliables par la musique de Vangelis. On devine après ce film, on comprend et mesure au terme de ces années prépa, la précieuse mise en garde d’Alexandre Soljenitsyne : « la vie la plus dure n’est pas celle des hommes qui affrontent la mer, fouillent la terre ou cherchent de l’eau dans les déserts. La vie la plus dure est celle de l’homme qui, chaque jour, sortant de chez lui, se cogne la tête au linteau car celui-ci descend trop bas ».  
Tout tourne autour de la confiance, souvent impudemment promise, souvent convoquée en vain. C’est à l’éducateur de la faire entrer dans la partie en évitant tout faux départ. Car la confiance c’est d’abord celle que l’on inspire. La seule morale supportable aux jeunes de notre époque bavarde est : n’écoute pas ce que je dis, regarde ce que je fais ! Si l’adulte parvient à inspirer confiance, l’essentiel peut commencer.L’essentiel c’est la confiance qu’on fait, comme on tendrait un piège, mais innocent, mais fécond, mais vital et qui consiste à dire au jeune : je te fais confiance quand tu ne la vaux pas encore pour que désormais tu décides d’en être digne. Le goût de la loyauté se suggère plus qu’il ne s’inculque. Un éducateur triste est un triste éducateur, on ne s’élève ni on n’élève sur fond de défiance et de soupçon : « élève », en ce sens là, le plus beau mot de la langue française ! L’essentiel c’est la confiance que l’on donne à un être sur les épaules duquel s’exerce souvent une rude pression sociale ou familiale et qui a besoin de s’entendre dire par l’étranger bienveillant qu’il croise au bon moment : n’aie pas peur, connais ta valeur ! Quand l’enfant a subi ou vécu une épreuve ou un échec que sa jeune mémoire a hypertrophié, il s’agit non plus seulement de donner mais de rendre confiance pour que presque tout redevienne possible. L’essentiel enfin c’est la confiance que l’on suggère, sans laquelle tout ce qui précède ne serait qu’un aimable babillage pour cour de récréation. Car l’étudiant sera dans une poignée de trimestres un cadre supérieur, un patron ou un manager. Et parmi toutes les choses apprises « à l’école » il aura peut-être utilement retenu la possibilité humaine d’accorder sa confiance à son entourage, sans naïveté, sans excès, sans parcimonie non plus. Et ceci est la condition pour que naisse, perdure et prospère toute entreprise humaine.
Puisse le lecteur nous faire l’honneur, plutôt que de nous croire sur parole, de nous visiter pour vérifier notre sincérité.

Christophe Cadet.